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Mardi 11 mars 2008

BastillePrieur.gif Brève introduction pour comprendre le génie qui habite mon petit corps frêle : Le cadre est un futur proche. Ce n'est pas une histoire d'amour mais un drame de prises de bastilles féminines et sociales. Je vais pas en dire plus car je ne veux pas déflorer les textes qui suivront ces fictions uchroniques. J'accepte de travailler en commun avec certaines personnes, peut-être Mademoiselle ou Madame, c'est selon. Peut-être d'autres. Je pourrais éventuellement donner plus d'informations sur la trame de ce drame socialo-révolutionnaire. Pour l'instant tout ce que vous avez à savoir c'est que Tcherkassov est une sorte de Che Guevara ou de Ravachol de l'an 2012. Haha. Comprenne qui pourra. Rires gras. Bref. Musiciens. En place.




Le banc était froid et une mare de glaires s'amoncelait.

"-Alors comme ça t'es amoureux?

-Ferme ta gueule.

-Non mais vas-y, continue, ça m'interesse quand même vachement de voir quelle gaillarde a pu te faire cet effet...

-Putain mais je connais même pas son prénom, comment tu veux que je sois amoureux d'elle? Arrête la drogue.
-J'vois dans tes yeux qui brillent que tu finiras bien par y aller au trois boulevard Tcherkassov.

-Peut être bien.

-Donc explique moi comment tu l'as eue son adresse, je te dis ça m'interesse.

-Alors. J'étais dans le train, ça sentait fort, la sueur et les mauvais parfums, tout le monde se collait. Puis y'a cette fille qui m'a bousculé, je lui ai demandé pardon. Elle a levé ses yeux et m'a fait un sourire, du genre toutes dents bastringues, si tu vois ce que je veux dire. Alors là je me suis dis, pas mal la gueuse. J'ai commencé à sourire puis elle a fait deux petits bonds, en m'évitant comme si j'existais même pas, pour se foutre sur une place libérée juste derrière moi.J'hausse les épaules. Et je reccommence à machonner ma lèvre en regardant le nombre de stations qu'il me restait. Encore un sacré bout de chemin, et j'avais manqué la seule place assise qu'il restait. Bon. Le trajet continuait, et je voyais derrière la vitre le paysage défiler, comme s'il prévoyait ce qui allait se passer, avec ses grands saules pleureurs le long de la voie...

- Abrège.
- Bon tu vas me laisser oui? C'est très important, tu piges? Parce que j'y ai pensé pendant vachement longtemps à ces putains d'arbres. Donc quand j'ai arrêté de penser à ça j'ai vu une place libérée, à côté d'un vieux type, un mec empesté de rhum. Alors, décidé comme pas deux à pas me laisser ravoir par la première grognasse venue, je m'jette sur l'siège. Le train s'était un peu évidé mais je m'disais que j'avais quand même de la chance, je fixais la miss, j'pensais qu'elle allait réagir, me faire un sourire au moins, vu ma célérérité, ma classe internationale-naliste. Mais non. Elle jouait avec ses cheveux, elle faisait des boucles, ça ressemblait plus à des trucs de pendus mais je suis pas suri-sur donc je vais pas m'avancer là dedans. Puis le train... non mais tu m'écoutes oui? Puis le train il s'est arrêté. Comme ça d'un coup. Et les lumières se sont éteintes. Et tout le monde a commencé à paniquer. Ils avaient encore en tête les mauvais souvenirs de la télé tu comprends, et y'en avaient qui criaient, et mon voisin s'est mis à dégueuler, mais dégueuler comme pas deux. Et tout le monde qui criait. Je m'suis jeté en l'air et j'ai envoyé un coup de shoot dans le tibia du mec, il avait sûrement du saloper mes trompes-pompes, t'façon dans l'noir personne voyait ce que je faisais. Puis moi, pour pas t'mentir, j'avais quand même un peu peur. On croyait qu'on allait mourir, j'étais en train de me dire que j'allais la retrouver dans l'noir et lui faire un petit bébé, genre on-va-mourir-lâchons-nous-enfin, lorsque la lumière s'est rallumée. Alors tout le monde blême, l'autre abruti en train de se trainasser par terre, un soupir de soulagement, et elle! Elle comme ça, en train de jouer avec ses cheveux comme si de rien n'était. Comme si elle avait pas eu peur de mourir, comme si les terroristes existaient pas et qu'ils faisaient pas assez parler d'eux en une semaine. Alors du coup, je pense qu'c'est parce qu'ils l'avaient remarqué, tout l'monde s'est mis à faire comme si rien ne s'était pas passé, sauf vomito évidemment. Alors j'ai du bien faire comme si. Puis y'a eu un arrêt. Des gens sont sortis. Il restait une place à côté d'la zouz'. J'me suis approché, genre assuré, genre j'ai pas eu peur. Puis j'm'suis assis à côté d'elle. Et elle, toujours avec ses tifs, j'aurais voulu lui arracher. J'voulais qu'elle me remarque, qu'elle me cause. En fait je pense que ça m'aurait fait décompresser. Alors j'ai cherché un truc à dire, je crois que c'est sorti tout seul, du genre "j'ai du vomi sur ma pompe.". Elle a tourné sa tête vers moi, haussé un sourcil, regardé mes pieds, et retourné la tête comme si de rien n'était, comme si j'avais pas essayé de lui parler. Comme si j'existait pas. Alors tu penses que je me suis senti comme une merde. Puis le reste du trajet y'avait un silence de mort. J'avais les yeux qui se brouillaient à cause d'un vieux relent, je sentais qu'son odeur, plus forte que celle des autres. Un peu laiteuse si tu vois ce que je veux dire. Puis elle s'est levée, s'est tournée d'un air supra dédaigneux vers moi et m'a donné son adresse ,trois boulevard Tcherkassov comme je t'ai dit, mais tellement vite, d'un air tellement froid, dans une si petite phrase que j'ai même pas compris ce qu'il m'arrivait et que j'ai même pas été capable de comprendre. Quand j'ai calculé, les portes se refermaient sur elle et elle s'en allait déjà vers d'autres trucs, toujours en train de jouer avec ses cheveux..."

Marco le regarda d'un air intrigué, il parlait jamais comme ça, ni autant, ce bon vieux gars. Quelque chose émergeait dans son esprit, peut-être que c'était toutes ces bombes qui l'avaient un peu dérangé. Il ne répondit pas et un long silence se fit. Ils fumèrent une dernière cigarette, à deux, elles étaient difficiles à trouver ces temps-ci, avec le commerce coupé. Puis ils se sont séparés.

Par Hurleur - Publié dans : FICTIONS UCHRONIQUES
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